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:La magnificence, le got et l'abondance rgnaient dans son palais ; les ministres taient sages et habiles ; les courtisans, vertueux et attachs ; les domestiques, fidles et laborieux ; les curies, vastes et remplies des plus beaux chevaux du monde, couverts de riches caparaons : mais ce qui tonnait les trangers qui venaient admirer ces belles curies, c'est qu'au lieu le plus apparent un matre d'ne talait de longues et grandes oreilles.
:Ce n'tait pas par fantaisie, mais avec raison, que le roi lui avait donn une place particulire et distingue. Les vertus de ce rare animal mritaient cette distinction, puisque la nature l'avait form si extraordinaire, que sa litire, au lieu d'tre malpropre, tait couverte, tous les matins, avec profusion, de beaux cus au soleil et de louis d'or de toute espce, qu'on allait recueillir  son rveil.
:Or, comme les vicissitudes de la vie s'tendent aussi bien sur les rois que sur les sujets, et que toujours les biens sont mls de quelques maux, le ciel permit que la reine ft tout  coup attaque d'une pre maladie, pour laquelle, malgr la science et l'habilet des mdecins, on ne put trouver aucun secours.
:Malheureusement il s'avisa de trouver que l'Infante surpassait encore de beaucoup la reine sa mre en esprit et en agrments. Sa jeunesse, l'agrable fracheur de ce beau teint enflammrent le roi d'un ton si violent, qu'il ne put le cacher  l'Infante, et il lui dit qu'il avait rsolu de l'pouser, puisqu'elle-seule pouvait le dgager de son serment.
:La princesse remercia bien sa marraine ; et ds le lendemain matin, elle dit au roi son pre ce que la fe lui avait conseill, et protesta qu'on ne tirerait d'elle aucun aveu qu'elle n'et une robe couleur du temps. Le roi, ravi de l'esprance qu'elle lui donnait, assembla les plus fameux ouvriers, et leur commanda cette robe, sous la consigne que, s'ils ne pouvaient russir, il les ferait tous pendre.
:" Oh ! pour le coup, ma fille, dit-elle  l'Infante, nous allons mettre l'indigne amour de votre pre  une terrible preuve. Je le crois bien entt de ce mariage qu'il croit si prochain, mais je pense qu'il sera un peu tourdi de la demande que je vous conseille de lui faire : C'est la peau de cet ne qu'il aime si passionnment, et qui fournit  toutes ses dpenses avec tant de profusion ; allez, et ne manquez pas de lui dire que vous dsirez cette peau. "
:L'Infante, ravie de trouver encore un moyen d'luder un mariage qu'elle dtestait, et qui pensait en mme temps que son pre ne pourrait jamais se rsoudre  sacrifier son ne, vint le trouver et lui exposa son dsir pour la peau de ce bel animal. Quoique le roi ft tonn de cette fantaisie, il ne balana pas  la satisfaire ; Le pauvre ne fut sacrifi, et la peau galamment apporte  l'Infante, qui, ne voyant plus aucun moyen d'luder son malheur, s'allait dsespr lorsque sa marraine accourut.
:Un jour qu'assise prs d'une claire fontaine, o elle dplorait souvent sa triste condition, elle s'avisa de s'y mirer, l'effroyable peau d'ne, qui faisait sa coiffure et son habillement, l'pouvanta. Honteuse de cet ajustement, elle se dcrassa le visage et les mains, qui devinrent plus blanches que l'ivoire, et son beau teint reprit sa fracheur naturelle. La joie de se trouver si belle lui donna envie de se baigner, ce qu'elle excuta ; mais il lui fallut remettre son indigne peau pour retourner  la mtairie.
:" Madame, lui dit enfin le prince avec une voix trs faible, je ne suis pas assez dnatur pour dsirer la couronne de mon pre ; plaise au ciel qu'il vive de longues annes, et qu'il veuille bien que je sois longtemps le plus fidle et le plus respectueux de ses sujets. Quant aux princesses que vous m'offrez, je n'ai point encore pens  me marier et vous pensez bien que, soumis comme je le suis  vos volonts, je vous obirai toujours, quoi qu'il m'en cote.
:Le tourment qu'il se donna pour imaginer comment il pourrait voir celle  qui cette bague pouvait aller et n'osant croire, s'il demandait Peau d'Ane, qui avait fait ce gteau qu'il avait demand, qu'on lui accordt de la faire venir, n'osant non plus croire ce qu'il avait vu par le trou de la serrure, de crainte qu'on se moqut de lui et qu'on le prt pour un visionnaire, toutes ces ides le tourmentant  la fois, la fivre le reprit fortement et les mdecins ne sachant plus que faire, dclarrent  la reine que le prince tait malade d'amour.
:Le roi et la reine prirent la bague, l'examinrent curieusement et jugrent, ainsi que le prince, que cette bague ne pouvait aller qu' quelque fille de bonne maison. Alors, le roi, ayant embrass son fils en le conjurant de gurir, sortit, fit sonner les tambours, les fifres et les trompettes par toute la ville et crier par ses hrauts que l'on n'avait qu' venir au palais essayer une bague et que celle  qui elle irait juste, pouserait l'hritier du trne.
:Sitt qu'elle entendit qu'on heurtait  la porte et qu'on l'appelait pour aller chez le prince, elle remit promptement sa peau d'Ane, ouvrit sa porte ; et ces gens, en se moquant d'elle, lui dirent que le roi la demandait pour lui faire pouser son fils, puis avec de longs clats de rire, ils la menrent chez le prince, qui, lui-mme, tonn de l'accoutrement de cette fille, n'osa croire que ce ft elle qu'il avait vue si pompeuse et si belle. Triste et confondu de s'tre si lourdement tromp :
