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:-- L'hiver sera rude, disait-on, le pre Grandet a mis ses gants fourrs : il faut vendanger.
:-- Puisque c'est la fte d'Eugnie, faisons du feu ! ce sera de bon augure.
:Eugnie et sa mre se jetrent silencieusement un coup d'oeil d'intelligence.
:-- Grande bte, lui dit son matre, est-ce que tu te laisserais choir comme une autre, toi ?
:-- Non ! non ! a me connat, rpondit l'ancien tonnelier.
:Madame et mademoiselle Grandet se levrent. Le prsident, profitant de l'obscurit, dit alors  Eugnie :
:-- Ne vous gnez pas, dit Grandet en rentrant. Comme vous y allez les jours de fte, monsieur le prsident !
:L'abb baisa la main d'Eugnie. Quant  matre Cruchot, il embrassa la jeune fille tout bonnement sur les deux joues, et dit :
:-- Puisque c'est la fte d'Eugnie, allumons les flambeaux !
:Madame des Grassins embrassa trs affectueusement Eugnie, lui serra la main, et lui dit :
:-- Ces gens-l, dit le prtre  l'oreille de l'avare, jettent l'argent par les fentres.
:-- Ce ne peut tre qu'un de vos parents, dit le prsident.
:-- Mais, mon pre, monsieur a peut-tre besoin de quelque chose, dit Eugnie.
:-- J'tais sre que c'tait le cousin, pensait madame des Grassins en lui jetant de petites oeillades.
:Les numros se tiraient fort lentement, mais bientt le loto fut arrt. La grande Nanon entra et dit tout haut :
:-- Oui, oui, rpondit madame des Grassins en venant prendre place prs de Charles.
:-- Ton pre voit tout, dit madame Grandet en hochant la tte.
:-- Elle est trs bien, cette femme, se dit en lui-mme Charles Grandet en rpondant aux minauderies de madame des Grassins.
:-- Ha ! , comment l'entendez-vous, monsieur l'abb ? demanda monsieur des Grassins.
:-- Oh ! le vieux sclrat ! se dit en elle-mme madame des Grassins, me devinerait-il donc ?
:-- Tout est-il arrang l-haut ? leur demanda le bonhomme en retrouvant son calme.
:-- Merci, monsieur l'abb. J'ai mon fils, rpondit-elle schement.
:-- Vous l'avez peut-tre dj fait remarquer au cousin.
:-- D'abord, il m'a promis de venir dner aprs-demain chez moi.
:-- Et, reprit-elle, je ne voudrais pas, ni Adolphe lui-mme ne voudrait pas de cent millions achets  ce prix ...
:-- Ne devons-nous pas, madame, tcher de nous tre agrables les uns aux autres ... Permettez que je me mouche.
:-- Ah  ! ma chre enfant, suis-je bien chez monsieur Grandet, l'ancien maire de Saumur, frre de monsieur Grandet de Paris ?
:-- Oh ! oh ! oh ! oh ! dit Nanon, quoi que c'est que a, les marins de la garde ? C'est-y sal ? Ca va-t-il sur l'eau ?
:-- Me donner ce bel atour ! dit-elle en s'en allant. Il rve dj, ce monsieur. Bonsoir.
:-- Sainte-Vierge ! qu'il est gentil, mon cousin, se dit Eugnie en interrompant ses prires qui ce soir-l ne furent pas finies.
:-- Nanon, ma bonne Nanon, fais donc de la crme pour le caf de mon cousin.
:-- Non, rpondit Grandet, a ne mange ni frippe, ni pain. Ils sont quasiment comme des filles  marier.
:-- Voir quelque chose, rpondit le bonhomme sans tre la dupe de la promenade matinale de son ami.
:-- Quatre fois huit pieds, rpondit l'ouvrier aprs avoir fini.
:-- Il ne sait rien encore, rpondit Grandet avec le mme calme.
:-- Ma pauvre enfant ! dit madame Grandet en prenant la tte d'Eugnie pour l'appuyer contre son sein.
:A ces mots, la jeune fille releva la tte, interrogea sa mre par un regard, en scruta les secrtes penses, et lui dit :
:Madame Grandet ne rpondit que par un sourire ; puis, aprs un moment de silence, elle dit  voix basse :
:-- Si ton pre s'aperoit de quelque chose, dit madame Grandet, il est capable de nous battre.
:-- Sois tranquille, Eugnie, si ton pre vient, je prendrai tout sur moi, dit madame Grandet.
:-- Oh ! ma bonne mre, s'cria-t-elle, je ne t'ai pas assez aime !
:-- Avez-vous bien pass la nuit, ma chre tante ? Et vous, ma cousine ?
:-- Vous vivez toujours ici ? leur dit Charles en trouvant la salle encore plus laide au jour qu'elle ne l'tait aux lumires.
:-- Chut ! dit madame Grandet  Eugnie qui allait parler. Tu sais, ma fille, que ton pre s'est charg de parler  monsieur ...
:-- Fte ?... se dit Charles incapable de souponner le rgime et les moeurs de cette maison.
:-- Mettez du lait, rpondit le matre de la maison, votre caf s'adoucira.
:Eugnie et sa mre lancrent un regard sur Charles  l'expression duquel le jeune homme ne put se tromper.
:-- Mon neveu, qui peut connatre les afflictions par lesquelles Dieu veut nous prouver ? lui dit sa tante.
:-- Eh ! bien, mon garon, reprit l'oncle, j'ai de mauvaises nouvelles  t'apprendre. Ton pre est bien mal ...
:-- Les chevaux et la voiture sont inutiles, rpondit Grandet. Charles resta muet, plit et les yeux devinrent fixes.
:-- Ma mre n'y est pour rien, dit Eugnie. C'est moi qui ...
:-- Qu'est-ce que c'est, mon pre, que de faire faillite ? demanda Eugnie.
:-- Ce doit tre un bien grand pch, dit madame Grandet, et notre frre serait damn.
:-- Eh ! bien, mon pre, vous n'avez donc pu empcher ce malheur ?
:-- Mon frre ne m'a pas consult. D'ailleurs, il doit quatre millions.
:-- Il va partir pour les Grandes-Indes, o, selon le voeu de son pre, il tchera de faire fortune.
:-- Quand il rcolte quatorze cents pices de vin ...
:-- Peut-tre. Mais monsieur Cruchot m'a dit qu'il avait achet Froidfond il y a deux ans. Ca l'aura gn.
:Eugnie, ne comprenant plus rien  la fortune de son pre, en resta l de ses calculs.
:-- Comme il aime son pre ? dit Eugnie  voix basse.
:-- L'aimer ! reprit Eugnie. Ah ! si tu savais ce que mon pre a dit !
:-- Laissez-moi, ma cousine, laissez-moi ! Mon Dieu ! mon Dieu ! pardonnez  mon pre, il a d bien souffrir.
:-- Ton pre dcidera de cela, rpondit madame Grandet.
:-- Vous avez mille pices cette anne, mon pre ? dit Eugnie.
:-- Mon ami, je fais mes prires, attendez, rpondit d'une voix altre la pauvre mre.
:-- Eh ! eh ! ce pauvre Cornoiller, il vient comme mare en carme. Est-ce bon  manger, a ?
:-- Allons, Nanon, haut le pied, dit le bonhomme. Prends-moi cela, ce sera pour le dner, je rgale deux Cruchot.
:-- Fais un bon dner, Nanon, mon cousin descendra, dit Eugnie.
:-- Quand un homme considrable et considr, comme l'tait, par exemple, dfunt monsieur votre frre  Paris ...
:-- C'est bien di, di, di, diffrent, si a ne co, ou, ou, ou, ote pas, pas, pas plus cher, dit Grandet.
:-- Allons donc, pensait en lui-mme le vigneron, dcidez-vous donc !
:-- Et si quelqu'un partait pour Paris, y cherchait le plus fort crancier de votre frre Guillaume, lui disait ...
:Les deux partis restrent encore quelques instants en prsence.
:Des Grassins dit aprs une pause en frappant sur l'paule de Grandet :
:Quand le pre Grandet eut ferm sa porte, il appela Nanon.
:-- Sainte Vierge ! monsieur, a pse-t-il ?... dit  voix basse la Nanon.
:Cette scne tait claire par une seule chandelle place entre deux barreaux de la rampe.
:-- Ca, notre matre ? ha ! ben, a porterait trois mille. Qu'est-ce que a pse donc vos mchants barils ?
:Elle reprit sa lecture aprs avoir essuy ses pleurs.
:-- Et vos projets, la ncessit o vous tes d'avoir une somme ...
:-- Oui, Eugnie, j'aurais l'me bien petite, si je n'acceptais pas. Cependant, rien pour rien, confiance pour confiance.
:-- H ! bien, oui, n'est-ce pas ? ajouta-t-il avec grce.
:-- Oui, pour vous, dit-elle en abaissant ses paupires. Allons, Charles, couchez-vous, je le veux, vous tes fatigu. A demain.
:-- Bah ! mon pre est riche, je le crois, rpondit-elle.
:-- L seront donc mes trsors, dit-il en montrant le vieux bahut pour voiler sa pense.
:-- Allez dormir, dit-elle en l'empchant d'entrer dans une chambre en dsordre.
:-- Mon pre ne reviendra que pour le dner, dit Eugnie en voyant l'inquitude peinte sur le visage de sa mre.
:Charles se leva, saisit le pre Grandet, l'embrassa, plit et sortit. Eugnie contemplait son pre avec admiration.
:-- Qu'est-ce que c'est que cela ? dit le bonhomme dont les yeux s'animrent  la vue d'une poigne d'or que lui montra Charles.
:-- Vous vous en irez donc, dit Eugnie en lui jetant un regard de tristesse mle d'admiration.
:Au second djeuner, Charles reut des lettres de Paris, et les lut.
:-- H ! bien, mon cousin, tes-vous content de vos affaires ? dit Eugnie  voix basse.
:-- J'attendrai, Charles. Dieu ! mon pre est  sa fentre, dit-elle en repoussant son cousin qui s'approchait pour l'embrasser.
:-- Chre Eugnie, un cousin est mieux qu'un frre, il peut t'pouser, lui dit Charles.
:-- Sainte Vierge, mademoiselle, vous avez les yeux  la perdition de votre me ! Ne regardez donc pas le monde comme a.
:-- Tu lui as tout donn, dit la mre pouvante. Que diras-tu donc  ton pre, au jour de l'an, quand il voudra voir ton or ?
:-- J'aurais engag mes propres. D'ailleurs monsieur des Grassins nous et bien ...
:-- L'eau va toujours  la rivire, le bonhomme allait  ses cus, disait l'un.
:-- Il finira par acheter Saumur, s'criait un troisime.
:-- Voil vingt sous pour tes trennes, et _motus_ ! Dtale ! lui dit Grandet. Nanon te reportera ta brouette.
:-- Quand le djeuner sera prt, tu me cogneras au mur. Reporte la brouette aux Messageries.
:A cette pense, elle jetait  sa mre des regards flamboyants de courage.
:-- Bon saint bon Dieu ! voil madame qui plit, cria Nanon.
:-- Eugnie, qu'avez-vous fait de vos pices ? cria-t-il en fondant sur elle.
:Grandet fut pouvant de la pleur rpandue sur le teint de sa femme, nagure si jaune.
:-- Eugnie, quand votre mre sera couche, vous descendrez.
:Elle ne tarda pas  venir, aprs avoir rassur sa mre.
:-- Cette affaire doit tre mauvaise, si vous ne pouvez pas la dire  votre pre, mademoiselle Grandet.
:-- Au moins, quand avez-vous donn votre or ? Eugnie fit un signe de tte ngatif.
:Abasourdi par la logique de sa fille, Grandet plit, trpigna, jura ; puis trouvant enfin des paroles, il cria :
:Eugnie se leva, lana un regard d'orgueil sur son pre, et rentra dans sa chambre  laquelle le bonhomme donna un tour de clef.
:-- Elle l'a donn sans doute  ce misrable sducteur de Charles qui n'en voulait qu' notre argent.
:-- Monsieur, Eugnie est notre unique enfant, et quand mme elle les aurait jets  l'eau ...
:Quand la porte de la rue fut ferme, Eugnie sortit de sa chambre et vint prs de sa mre.
:-- C'est-y vrai, dit Nanon effare en arrivant, que voil mademoiselle au pain et  l'eau pour le reste des jours ?
:Grandet dna seul pour la premire fois depuis vingt-quatre ans.
:-- Vous voil donc veuf, monsieur, lui dit Nanon. C'est bien dsagrable d'tre veuf avec deux femmes dans sa maison.
:Les Cruchot, madame des Grassins et son fils arrivrent  huit heures, et s'tonnrent de ne voir ni madame Grandet ni sa fille.
:Lorsque le vigneron fut couch, Nanon vint en chaussons  pas muets chez Eugnie, et lui dcouvrit un pt fait  la casserole.
:-- Pensons  lui, ma mre, rpondait Eugnie, et n'en parlons pas. Vous souffrez, vous avant tout.
:-- De quoi se mle-t-on ? Charbonnier est matre chez lui.
:-- D'accord, le charbonnier est matre de se tuer aussi, ou, ce qui est pis, de jeter son argent par les fentres.
:-- Quoi ? dit le notaire curieux de recevoir une confidence du pre Grandet et de connatre la cause de la querelle.
:-- Eh ! mon vieil ami, savez-vous ce que cotera l'inventaire et le partage de la succession de votre femme si Eugnie l'exige ?
:-- Par la serpette de mon pre ! s'cria le vigneron qui s'assit en plissant, nous verrons a, Cruchot.
:-- Bont du ciel ! Eugnie, cria la mre en rougissant de joie, viens embrasser ton pre ? il te pardonne !
:-- Qu'est-ce que c'est que cela ? dit-il en emportant le trsor et allant se placer  la fentre.
:-- Oui, mon pre, ce n'est pas  moi. Ce meuble est un dpt sacr.
:Grandet avait tir son couteau et s'apprtait  soulever l'or.
:-- Mon pre, ne la dtruisez pas, ou vous me dshonorez. Mon pre, entendez-vous ?
:Madame Grandet et sa fille se regardrent tonnes.
:-- Hlas ! je le voudrais bien, puisque cela peut vous tre agrable, dit la mourante ; mais je ne saurais me lever.
:-- Est-il donc si ncessaire de s'en occuper aujourd'hui, mon pre ?
:-- Cruchot, tes-vous bien sr de cela, pour en parler ainsi devant un enfant ?
:-- a me rchauffe ! disait-il quelquefois en laissant paratre sur sa figure une expression de batitude.
:-- Et si monsieur votre pre tait, d'ici  quelques jours, dclar en faillite ?
:Eugnie se leva comme si elle et t sur des charbons ardents, et alla s'asseoir sur une des marches de la cour.
:-- Que voulez-vous dire ? demandrent mademoiselle Grandet et le cur.
:L, Eugnie rendit froidement la lettre sans l'achever.
:-- En ce moment, vous avez toute la voix de dfunt votre pre, dit madame des Grassins.
:-- Voil le meilleur coup de la partie, dit l'abb.
:Le prsident sourit de l'exclamation que ne put rprimer cet ambitieux au moment o il reut l'acte authentique.
:-- Rien, madame, rpondit Charles. Les trois millions autrefois dus par mon pre ont t solds hier.
